26/03/2008

Avis Ciné : John Rambo

ramboLa grande machine à recycler qui alimente la production hollywoodienne depuis les premiers balbutiements du cinématographe ne pouvait pas manquer de régurgiter, sous une formes ou une autre, les icônes de l’actionner eighties. Après Rocky Balboa, revenu d’entre les cordes, un John McClane sournoisement émasculé, mais drôle et avant un Indiana Jones qui semble être le seul à vouloir jouer à fond la carte de l’inévitable vieillissement, John Rambo nous revient dans une courte aventure aux allures de pamphlet paradoxal.

Commencé comme un survival, au cœur duquel un ancien militaire se voyait rejeté par la société qui l’avait envoyé au casse-pipe, la série, inspirée d’un roman de David Morell, était rapidement devenue le porte drapeau d’une idéologie revancharde, alimentée par les fondements manichéens et ultra-libéraux de l’ère Reagan. Sa réapparition, dans un contexte proche mais pas identique, allait-elle sonner le retour d’un Stallone hypertrophié, enfermé dans l’archétype du héros indestructible, seul capable de venger l’honneur d’un drapeau incendié ?  Là, la réponse est non. Plantant son décor dans un coin de la planète où les américains n’ont pas grand intérêt à traîner leurs bottes de gendarmes du monde, à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, Stallone cherche avant tout à schématiser un état de guerre. Dans son expression la plus abjecte, la plus cruelle, la plus animale et la plus excessive. Dans cette « mise en situation » éprouvante, rien ne nous sera épargner : torture, exécution arbitraire, viol, massacre d’enfants et de femmes… Le tout avec un choix de mise en scène ultra réaliste qui secouera les plus aguerris. Dans cet environnement John Rambo s’impose clairement comme « celui qui sait ». Soldat lui-même, rongé par la violence de ses exactions passées, il n’est plus, comme dans les opus précédent, un grain de sable, une pièce rapportée, une épine dans le pied d’un éventuel tortionnaire. D’ailleurs, dans un monologue intérieur marmonné sur fond de forge infernale, Stallone glisse dans la bouche de son personnage ce qui s’apparente à une confession. Il ne s’est jamais vraiment battu pour son pays, il s’est battu parce qu’il aime ça, parce que cette violence, cet esprit de lutte fait partie de lui, coule dans ses veines. Reste alors à la machine de guerre, réconciliée avec elle-même après trois films d’errance, à puiser dans ce bouillonnement de violence pour répondre aux agresseurs par une agression plus radicale encore. Dans un déferlement cru, sanglants à l’excès, mais cinématographiquement lisible, Stallone filme un véritable carnage où la figure de guerrier iconique demeure, par des procédés cinématographiques évidents (présence au second plan, déplacement furtif, objet servant d’interface avec l’action…) en retrait de l’action principale.

Un chaos final qui semble être le passage obligé pour Rambo avant un retour vers ses racines américaines et un plan final qui rappelle, avec justesse, les premières images de First Blood.

Loin d’être destiné à tous les publics, emballé dans solide couche de violence, à appréhender avec un minimum de recul et de réflexion (je sais, pour un « Rambo », cela peut paraître surprenant…) ce « John Rambo » n’en demeure pas moins la mise à jour intéressante d’un mythe cinématographique que l’on aurait pu croire engluer dans une idéologie de droite radicale.

16:01 Écrit par Chris dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, critique |  Facebook |

16/03/2008

Avis Ciné : 10.000 BC

bcComme chaque fois, lors de la sortie d'un film de ce bon vieux Roland Emmerich, la critique fait rage et les noms d'oiseaux volent à basse altitude ! Il faut dire qu'avec un palmarès comme celui de l'allemand expatrié le plus américanophile que la terre ai jamais porté, les journalistes de tous bords boivent du petit lait. Incarnant quasi à lui tout seul le manichéisme, les films creux et la défense de valeurs dont seuls les habitants du pays de l'Oncle Sam semblent avoir le secret, Emmerich est également un money-maker que les studios adorent! Et ce n'est pas avec ce 10.000 BC que les choses vont changer ! Grand livre d'images sans prétention, 10.000 BC possède deux niveau de lecture. Soit, on y voit une aventure naïve, qui fait fi des conventions géographiques, historiques et biologiques pour illustrer une histoire baignée d'archétypes. Soit on y analyse une bouse sans nom, bourrées jusqu'à la gueule d'incohérence, de clichés et de mécaniques scénaristiques à faire pleurer de rire un élève d'école maternelle...

Comme toujours, la réalité ce trouve quelque part entre les deux. En excellent faiseur, Emmerich parvient à maintenir l'attention du spectateur tout en composant des images d'une beauté certaines. Le scénario, ultra-classique, ne réserve aucune surprise mais prend la peine de puiser son inspiration dans un bain quelque peu original (cette année, entre suites et adaptations de BD, l'été sera encore très "scénario adapté de..."). Par contre, l'erreur cardinale commise par Emmerich repose peut-être, paradoxalement, dans l'aspect "terrien"' de son aventure. Vouloir à tout prix nous faire croire que ce film pourrait s'être déroulé dans un passé lointain ouvre la porte à tant de remarques, tant de critiques, tant d'incohérence, que l'on en viendrait à penser qu'il aurait été plus malin de la part de l'allemand fantaisiste de laisser jusqu'au bout planer le doute sur le cadre géographique au sens large de son aventure. Cela aurait alors été pour lui l'occasion de proposer une aventure épique, de pousser plus loin certains délires (pourquoi le chasseur n'apprivoise-t-il pas le tigre à dent de sabre pour en faire sa monture ?) et d'oublier toute restriction plutôt que de tenter, parfois maladroitement, de justifier un ancrage... dont le spectateur se serait bien passé.

11:09 Écrit par Chris dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinema, critique |  Facebook |

26/08/2007

Eté Ciné

Il y a définitivement comme un parfum de rentrée dans l’air… Les romans s’accumulent comme des feuilles mortes et il est temps de tirer un petit bilan des (grosses) sorties cinés de cet été 2007… Un bilan en résumé, of course, et dans le désordre…

 

Spiderman 3 : Un film de producteur, plus que d’auteur. Raimi se laisse avoir, intègre Venom à son métrage et perd en efficacité.

 

Pirates des Caraïbes 3 : Une excellente conclusion pour une saga épique… dont le scénario aurait peut-être mérité quelques révisions supplémentaires. Chapeau tout de même pour une fin inattendue.

 

Ratatouille : Un enchantement. Une histoire simple, une animation sans faille, un cœur gros comme ça et une vraie leçon de vie. Pixar peut donc tout réussir ?

 

Les Simpsons : Une réussite. Pas évidente après les 400 épisodes d’une série télé culte, mais un ratio gags/minutes imbattable.

 

Shrek 3 : Un ratage. L’exploitation feignasse d’une formule, sans aucune imagination et une série de rendez-vous manqués impardonnables.

 

Transformers : Un incroyable défi technique, qui repousse les limites de ce que l’ont peut voir sur un écran. Le scénario est cousu de fils épais comme des câbles de marines, mais les scènes d’action robots/robots sont époustouflantes.

 

Die Hard 4.0 : Une bonne surprise… Même si certaines scènes d’action ont été pensées en amont du scénario… à contresens de l’esprit Die Hard. Bruce Willis en a encore sous la pédale et la polémique américaine sur l’aspect trop « familial » de l’aventure semble bien dérisoire à nos yeux européens.

 

 

 

 

 

 

 

 

22:39 Écrit par Chris dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, bilan |  Facebook |

09/08/2007

Archives : L'Attaque des Clones

Attention, c'est du post à rallonge lol, avec coquilles et fautes d'époque, of course !

 clone1

 

D’abord, avant toute chose, une petite précision : je ne fais pas partie de la frange légèrement excessive des amateurs de la Trilogie fondatrice qui ont voué aux gémonies La Menace Fantôme, sous prétexte que George Lucas avait entrepris de réduire à néant cet univers unique, cette mythologie cinématographique à nul autre pareil. Avec les oreilles grandes ouvertes, autant que les yeux, j’avais accueilli l’Episode I avec une certaine excitation, mais pas d’attente démesurée. Lucas l’avait dit lui même à l’époque : il était question pour lui de jeter les bases d’une trilogie. Plus de travailler, comme à l’époque de l’Episode IV, sur un film dont le destin était pour le moins aléatoire. Que La Menace Fantôme soit devenu un grand livre d’images un peu naïves, rehaussé de scènes inoubliables (la course de Pods, la bataille finale) et plombé par un scénario faussement complexe et vraiment bancal, peu importe. Ce qui importait alors c’était de voir quel potentiel se cachait derrière la technologie développée par Lucas. Un potentiel qui, développé à son maximum, pouvait enfin ouvrir toutes grandes les portes d’un « vrai » film de science-fiction populaire, excitant, grandiose et humain à la fois. Les rumeurs venues des Etats-Unis depuis quelques jours semblaient confirmer ce développement. La maturation d’une manière de filmer totalement nouvelle, la greffon enfin viable d’un scénario passionnant et d’une technologie surpuissante. Restait à juger sur pièce. A voir se dérouler les deux heures vingt de L’Attaque des Clones afin de savoir si ce nouvel épisode de la saga allait pouvoir se détacher du poids encombrant d’un phénomène plus que d’une création.

 

10 heures piles. Ce mercredi matin. Les notes du thème de Star Wars envahisse la salle de cinéma et le déroulant jaune sur fond étoile annonce que dix ans se sont écroulés depuis la Bataille de Naboo. La République est en ébullition. Des planètes font sécession, sous la houlette du Comte Dooku. La Sénatrice Amidala, autrefois Reine, revient sur Coruscant pour s’opposer à une motion visant à créer un grande armée pour seconder les Jedi dans leur mission de pacification des systèmes. Padmé est convaincue que la création de cette armée mènera la République toute entière à la guerre. Après avoir échappé à un premier attentat, la sénatrice retrouve Obi Wan Kenobi et Anakin Skywalker, tous deux assignés à sa protection. Après une nouvelle tentative de meurtre, perpétrée par un chasseur de primes, Anakin et Padmé s’embarque pour Naboo, alors qu’Obi Wan cherche à savoir qui se cache derrière les divers attentats…

 

Et je n’irais pas plus loin. Le reste, il vous faudra le découvrir sur grand écran à partir du 17 mai prochain. Mais quoi qu’il en soit, apprêtez-vous à passer un excellent moment. L’Attaque des Clones n’est pas un chef d’œuvre, n’est pas parfait, mais c’est un Star Wars du meilleur tonneau, plus rapide, plus concentré et plus charpenté que La Menace Fantôme.

Le défi était pourtant de taille. Avec ce deuxième épisode, George Lucas devait à la fois rendre la foi à certains amateurs déçu de l’Episode 1, tout en négociant le virage vers l’Episode III et par de-là, la Trilogie Classique. Mission accomplie. Avec les honneurs, votre honneur !

Si les premières minutes du film font craindre un scénario hoquetant calqué sur celui de La Menace Fantôme (avec de nombreuses et visibles coupes dans l’exposition de l’histoire, que l’on peu retrouvé en intégralité dans le scénario ou dans la novelization de R.A. Salvatore), une fois la scène de poursuite dans le ciel de Corsuscant terminée, les lignes narratives prennent enfin leurs aises. L’arc Obi-Wan fait pensé à un vieux polar simplifié, avec recherches d’indices, informateurs douteux et dialogues surprenant. L’arc Padmé-Anakin entre de plein pied dans la romance et nous permets de vivre les scènes dramatiques (au sens théatral du terme) les plus touchantes de toute la saga. C’est d’ailleurs dans ces scènes, dont celle du souper sur Naboo, que Nathalie Portman et Hayden Christensen font montre de tous leur talent et de la véritable alchimie qui les unis. On en oublierait presque que l’on se trouve au cœur de Star Wars !

Ewan McGregor quand à lui semble également s’amuser dix fois plus dans son rôle de mentor-enquêteur-sabreur que dans celui de simple padawan qu’il occupait dans La Menace Fantôme. Aux trousses de Jango Fett (dont l’aura finalement n’est pas aussi puissante qu’on a bien voulu le dire…) il se bat comme un beau diable et fini par découvrir les machinations de Dooku pour renverser la République. Cette montée en graine des ennemis de la démocratie est évidemment présentée en parallèle avec l’événement qui pousse pour la première fois Anakin Skywalker vers le Côté Obscur. La mort de sa mère. A peine retrouvée, elle déclenche chez le jeune homme une furie destructrice qui en fait un assassin. Purement et simplement. Un événement qui est peut-être un peu rapidement éludé pour permettre au film de basculer, lors de sa dernière demie-heure, dans ce qui doit être la plus incroyable bataille jamais montrée sur un écran de cinéma. Non pas par sa taille (ça, la scène d’ouverture du Seigneur des Anneaux obtient toujours la palme) mais par son amplitude, sa puissance et ses implications dramatiques. En trente minutes, George Lucas nous présente, sous des dehors de grand spectacle, l’impressionnante perversité qui habite Darth Sidious/Palpatine. Car une fois de plus, le grand ordonnateur, le marionnettiste, le manipulateur ultime, c’est lui. En sortant de L’Attaque des Clones, plus d’un amateur se dira : « Diable, mais ce type est machiavélique ». Et comment.

 

Mais une saine critique ne va pas sans quelques remarques négatives, n’est-il pas ? D’abord, et avant tout, le scénario. Il apparaît comme plus épais, plus fouillé et plus construit que celui de La Menace Fantôme, force est de constater que lors du montage, Lucas s’est permis des ellipses trop sèches, des basculements trop rapides. D’autant plus dérangeant que certains personnages changent de costumes… comme de chemise ! Autre reproche scénaristique : ce que j’appelle l’effet Dieu le père. Ou le scénariste qui décide arbitrairement de l’avancée de son histoire. Ainsi, difficile de croire qu’après un mois passé dans le camp de Hommes de Sables, Schmi Skywalker « choisisse » de mourir a l’instant précis ou son fils la retrouve. Difficile aussi de comprendre comment, Anakin et Padmé parviennent à se poser, sur Geonisis, a l’endroit exact où Obi Wan est retenu… Ce genre de petits détails abondent et parasitent parfois le plaisir de vision.

Une remarque enfin sur les effets spéciaux. Si le digital permet tout, si les décors de Coruscant ou la bataille finale sont époustouflants… Il n’en est pas de même, par exemple, des décors de Kamino. Les usines à Clones semblent sortie d’un mauvais jeu vidéo et les habitants de la planète des eaux rappellent étrangement les E.T. falots d’Abyss.

Mais ce sont des détails au cœur d’un film qui fourmille de tant de moments de bonheur et d’émerveillements, que l’ont peu lui pardonner certains écarts.

 

Conclusion

 

L’Attaque des Clones n’est pas un film sans faille. Loin s’en faut. Mais c’est sans aucun doute un grand pas en avant, tant au point de vue narratif qu’au point de vue du jeu des acteurs, que de la profondeur des thèmes abordés. Je le disais en début d’article La Menace Fantôme était un grand livre d’images innocentes et inoffensives.  L’Attaque des Clones va bien au de-là. Au risque même parfois de perdre le spectateur habitué à des situations pré-mâchées. Loin de tout sacrifié à la forme, George Lucas livre un film qui raconte une histoire, qui développe un univers et qui amène en douceur l’amateur, comme le novice, vers les inévitables événements tragiques de l’Episode III. Si le héros de L’Attaque des Clones est un adolescent rebelle, roublard et déboussolé dans les premières minutes du métrage, il devient rapidement un bombe à retardement, un être agressif, impulsif, dont la chute ne fait aucun doute. Et il entraîne dans cette spirale de noirceur le film tout entier. Lucas ne s’y trompe pas, puisque nous passons des décors policés et romantique de Coruscant et Naboo pour finir dans la poussières rouge et la graisse brûlante de Géonosis. L’Attaque des Clones  est un film charnière, une bascule, grâce à laquelle l’univers de Star Wars passe peu à peu de l’enfance à l’adolescence, voire à l’âge adulte. George Lucas a eu beau essayé de nous (de se ?) convaincre que la saga était un grand clin d’œil à Flash Gordon, surtout destiné aux enfants, cet Episode II prouve que l’on a bien affaire à une mythologie moderne, adulte, sombre et violente. Et la torture de reprendre dans l’attente d’un Episode III où les terreurs effleurées dans L’Attaque des Clones parviendront à leur inévitables conclusions.

Ah oui, en guise de post-scriptum, je m’en voudrais de ne pas vous parlez de cette vision extraordinaire qui traverse le film et qui n’a besoin d’aucun effet spécial pour exister tant la caméra et la lumière semble l’adorer : Natalie Portman. Un régal.

 

21:21 Écrit par Chris dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : archives, cinema |  Facebook |